ASTROBLEME

Première oeuvre du corpus “Désidération”, “Astroblème” est un livret d’opéra composé par Lucien Raphmaj (textes), SMITH (photographies) et Victoria Lukas (musique). Le livret a été publié par les éditions Filigranes, dans le cadre de la Résidence 1+2 à Toulouse, et réalisé en collaboration avec l’IRAP, Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie.

Article de Jean-Philippe Cazier pour la revue en ligne Diacritik sur “Astroblème” : https://diacritik.com/2019/02/25/lucien-raphmaj-et-smith-astrobleme/
Astroblème
nous oriente vers un nouvel imaginaire – ou nous désoriente, puisque cet imaginaire est celui d’une nouvelle ère, d’une nouvelle histoire où l’humain n’est plus limitativement humain mais cosmique, où ce qui existe sur Terre s’agence avec le cosmos (…). SMITH propose ainsi des photographies qui n’illustrent pas le texte mais réalisent le mouvement qui habite le texte de Lucien Raphmaj, et qui est le mouvement du livre même : créer l’imaginaire pour un autre monde, pour un autre soi, créer une limite pour faire exister cet autre aujourd’hui, pour ouvrir aujourd’hui la possibilité de son existence, pour commencer aujourd’hui la métamorphose.”

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astroblème

«Astroblème» : Mot composé de ástron - « astre », et de blêma - « coup » ; désigne l’ensemble des traces laissées par l’impact d’une météorite ou d’un astéroïde sur Terre.

Réalisé avec le concours de partenaires spatiaux implantés à Toulouse et en région (Résidence 1+2, IRAP, Cité de l’Espace, Museum (Toulouse), le Musée d’Histoire Naturelle de Montauban, l’Observatoire du Pic du Midi), «Astroblème» est un ilot fictionnel issu du projet-archipel «Désidération». Il s’agit d’un opéra plastique, poétique, photographique et vidéo, mis en mots par Lucien Raphmaj, et en musique par Victoria Lukas.

Relatant les péripéties croisées d’un astronaute et d’une météorite martienne, NWA 10170, en transit entre deux mondes, «Astroblème» dessine les contours d’une humanité en dialogue avec son origine cosmique. 

Synopsis : Heriman est un désidéré, atteint de la maladie des étoiles. Il a besoin d’un fragment de la météorite martienne NWA 1070 pour survivre. Il a besoin de l’intégrer en lui, il a besoin de retrouver le désert où elle est tombée, le cosmos d’où elle provient. Il dépérit sans cette relation physique, psychique à la météorite. 

Point de départ

Le projet « Désidération » est parti d’une véritable fascination pour les météorites, dont je fais collection à titre personnel. Bien qu’il s’agisse avant tout d’objets scientifiques, la charge affective, sacrée, voire mystique qui a été imputée aux météorites par la quasi-totalité des populations terrestres est immédiatement perceptible lorsque l’on tient une météorite dans sa main. Les notions d’espace et de temps semblent, un instant, abolies.

L’IRAP, Institut de recherche en astrophysique et planétologie à Toulouse, dirigé par Sylvestre Maurice - collaborateur de ce projet, m’a informé d’un projet fascinant, car purement poétique, actuellement mené : il y a environ 180 millions d’années, un petit caillou se détachait de la surface de Mars avant de se retrouver projeté dans l’espace, échappant à la fine atmosphère de sa planète. Après avoir dérivé dans l’espace interplanétaire, cette petite météorite aura finalement été capturée par le champ gravitationnel de la Terre avant de finir par s’échouer dans le désert du Sahara. Acheté sur un marché par un collectionneur, vendu au musée d’Histoire Naturelle puis confié à l’IRAP, le fragment fut ensuite mis entre les mains de l’astronaute Thomas Pesquet, qu’il a accompagné dans la Station Spatiale Internationale, avant de revenir sur Terre six mois plus tard. A présent, après 180 millions d’années, la petite météorite va rentrer chez elle, sur Mars.

Installée sur le rover Mars 2020, qui prendra la relève de Curiosity, dont la mission sera d’examiner des parties de la planète dont les conditions auraient pu être propices à la vie microbienne, sondant dans les roches martiennes des traces de vie passées, seul un petit morceau de cette météorite aura le privilège de rentrer (la météorite sera coupée en trois morceaux : l’un restera à la Cité de l’espace, et un deuxième sera offert à Thomas Pesquet). « Au total, la pierre de Mars aura traversé quatre fois l’atmosphère terrestre et deux fois l’atmosphère martienne », note Sylvestre Maurice, astrophysicien et chef de projet ChemCam à l’IRAP.

Synopsis détaillé

Heriman, ingénieur spatial, est un désidéré, atteint de la maladie des étoiles, il a besoin d’un fragment de la météorite martienne NWA 1070 pour survivre. Il a besoin de l’intégrer en lui, il a besoin de retrouver le désert où elle est tombée, le cosmos d’où elle provient. Il dépérit sans cette relation physique, psychique à la météorite.

Il s’introduit sur les lieux où la météorite est conservée, l’IRAP. Il se faufile jusqu’au coffre vide de la météorite. Vide étouffant. Il trouve la météorite face à Supercam qui doit l’analyser. Il est fasciné par ce dispositif qui représente quelque chose de profondément ambivalent pour lui, quelque chose de l’astroblème : il permet de voir par la disparition, et puis de se rapprocher de la compréhension de la structure des roches venues d’ailleurs. Mais ce dispositif d’analyse de la composition des roches par rayon laser, a sa part d’ombre idéologique par cette passion pour la « conquête », de colonisation à venir, et par la destruction « créatrice ». Tentant de retirer la météorite de Supercam, il la libère ; mais le rayon destiné à l’analyse de la météorite lui brûle les yeux.

Il est maintenant toujours ceint de lunettes noires, mais le monde dans lequel il évolue est vide, onirique. Est-ce parce qu’il est toujours dans un coma où des visions et des voix oniriques s’im- posent à lui, ou bien voit-il des éclats d’un futur ? Est-ce que cette vision vide est un écho d’un vide à venir, celui où une météorite sœur de NWA 1070 serait venue sur Terre et rayer la plupart de la vie, à l’exception d’Heriman, sauvé par son acte ?

Heriman erre dans des paysages et des lieux liés à une vision du cosmos. La météorite est appelée «Merveille», mais le désastre est là, toujours, partout. Heriman reste désidéré, la météorite NHA 1070 s’est s’éloignée de lui dans une autre dimension, sur une autre planète. Il est seul et cette solitude irradie. Il se consume. Dans ce feu invisible, dans cette radiation cosmique qui ne l’atteint pas, quelque chose de l’ordre de l’excès, de l’insurmontable, se donne à entendre. Les voix les plus tranchées hantent son univers mental.

Dans cette solitude fabuleuse, la météorite rayonne de tous ses possibles, culte scientifique, elle porteuse de vie, mystique cynique, elle porteuse de mort, les discours s’hybrident et Heriman devient lui-même le messie de cette hybridité impossible, lui qui est hanté par cette météorite manquante - NHA 1070. 

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Opéra (Extraits)

VOIX - Ex Astris Scientia (lyrique)

Le cosmos est la demeure
Ici nous revenons là
Toujours
Et déjà depuis longtemps des messagers venaient à nous
Et maintenant
Esprits curieux épris d’un destin lointain
Nous venons à eux
Nous retournons dans le cosmos
Nous renvoyons Mars à Mars
Car Mars parle de Mars
Car Mars parle de toutes les planètes
Car Mars parle la langue du cosmos
Car le cosmos est la demeure

VOIX - Do A.I. dream of meteorites shower ?

it’s
North
west
Africa
10 170
Made in Mars Fell from the sky 307 g
fragment of a planet

and a world in itself
307 g of martian shergottite
carrying
Olivine (nesosilicate)
green as a world
Fo67.2±7.7 (Fa20-42)
Olivine occurs as euhedral to subhedral microphenocrysts and zoned phenocrysts and
carrying
Px inclusions
alien to fire
iced in the maskelynite
pigeonite is nice
En69Fs28Wo 4 to En52Fs29Wo19
And did travel a long way
more like a stellar pigeon than a mirror lake
Resuming
Fayalite (mol%):32.8±7.7 (20-42)
Ferrosilite (mol%):29.1±1.1
Wollastonite (mol%):7.9±6.3
Resuming
NWA 10170
sectioned in 3 parts
Examined
Scanned
Dreamed
and send back to mars
LM 200215 Q
provisional
Over