Introduction

QUID ?

Conception : Cellule Cosmiel, Studio DIPLOMATES
Langage : Arts - photographie, musique, cinéma, architecture, danse ; Sciences - astrophysique, philosophie spéculative, biologie, chirurgie ; Poésie - littérature, mythologie
Forme : Hub (installation, film, conférence, performance, monde virtuel, manifeste, jeu)
Partenaires : Galerie les Filles du Calvaire, Paris // Musée d’Art Contemporain du Val de Marne (MacVal), Vitry // LACE, Los Angeles // Etant Donnés (Fondation FACE + Ambassade de France aux Etats-Unis) // Fondation FLAX, Los Angeles // Comité Professionnel des Galeries d’Art, Paris

Meteor Crater (Canyon Diablo), Arizona : 50.000 ans ; 7.1% Ni; 0.46% Co; 0.26% P; 1% C; 1% S; 80ppm Ga; 320ppm Ge; 1,9ppm Ir © SMITH

Meteor Crater (Canyon Diablo), Arizona : 50.000 ans ; 7.1% Ni; 0.46% Co; 0.26% P; 1% C; 1% S; 80ppm Ga; 320ppm Ge; 1,9ppm Ir
© SMITH

Désidération ?

Depuis une dizaine d’années, SMITH explore les identités et modes d’existence alternatifs pour sortir de la binarité et des essentialismes, de la hiérarchisation du vivant et des classifications sclérosantes. Le concept et la pratique de la transition jouent un rôle majeur dans sa pensée critique et plastique : transition de genre, d’état, mais aussi d'espèce, pour devenir une alternative vivante, jouant sur la frontière entre le réel et la fiction.

En 2016, en polynôme avec le cosmologiste Jean-Philippe Uzan (CNRS, Institut d’Astrophysique de Paris) puis l’écrivain Lucien Raphmaj, SMITH engage le projet « Désidération », qui vise à la fondation d'une humanité interstellaire et transtemporelle, retrouvant son lien avec son cosmos d’origine à travers l’implantation de météorites dans le corps des désidérés.

«Désidération» se conçoit comme un hub connectant recherche artistique, enquête scientifique, et spéculation théorique. Oeuvre polymorphe, collaborative, évolutive, indisciplinaire, elle compose de nouvelles formes et de nouveaux outils pour explorer notre rapport contemporain au cosmos, à l’intégration de nos origines, à notre nostalgie des étoiles.

Forgé sur l’étymologie du mot «désir», le néologisme «désidération» désigne la nostalgie et le manque d’un objet céleste ayant disparu. Selon l’hypothèse scientifique la plus probable aujourd’hui, les briques de vie nécessaires à la genèse de l’humanité furent importées par des météorites sur notre planète, il y a des millions d’années. Aujourd’hui, quel lien nous unit encore à notre origine céleste ? Comment nous ré-approprier la dimension cosmique de notre généalogie ? Comment décrire la mélancolie liée à la distance - géographique, culturelle, biologique - qui nous sépare de notre cosmos originaire ?


Désidéré-e ?

Désidéré. \de.si.de.ʁe\ n. [ANTHROP.] Les désidérés se définissent eux-mêmes comme une humanité souffrant de l’absence de sidération, c’est-à-dire de lien organique avec les étoiles.  [MYTH.]  Dans la mythologie désidérée, les gènes seraient directement issus des briques élémentaires de vies apportées par des météorites sur notre planète, hypothèse reposant sur la théorie de la panspermie. Ils se sentent plus proches que les autres de leur origine stellaire, qui se manifeste par le vif sentiment d’être orphelin, et la manifestation permanente d’une nostalgie d’un objet cosmique vague, indéfinissable. [SOCIO.] Les désidérés sont à la recherche de leur infini perdu, d’une immensité spatiale dont ils cherchent à se remplir, en contemplation permanente des étoiles, qu’ils rêvent d’absorber pour se réaliser et se stabiliser dans le monde terrien. Ainsi, ce n’est qu’en s’hybridant avec l’espace, en injectant en eux un peu de l’infini qui les compose et dont le manque les ronge, qu’ils pourraient atteindre la sérénité.

COSMORG ?

Cosmorg. [MYTH.]  Dans la mythologie désidérée, un-e cosmorg est un-e désidéré-e ayant renoué son lien avec son cosmos d’origine, à travers son hybridation avec des particules cosmiques. Ce processus commencera par l’implantation sous-cutanée de leur essence primitive : les premières molécules forgées dans le proto-système solaire, qui n’ont encore jamais transité par aucun corps humain : des météorites. Cette hybridation est un premier pas vers leur mutation, en vue de construire un organisme mi-humain, mi-cosmique : le cosmorg. 
Ce n’est que par cet acte que les désidéré-es, devenus cosmorgs, pourront espérer vivre paisiblement sur Terre, accepter leur condition d’anthropos* grâce au cosmos retrouvé en eux, et survivre dans ce monde détaché des étoiles. Cet acte de réconciliation, de plénitude cosmique, laissera, alors, peut-être place à une mélancolie positive, un souvenir paisible de cet état de manque et de solitude.

* On trouve plusieurs étymologies, non avérées, du mot “anthropos” - dont celle venant du grec "ana" (en haut) + "tropao" (tourné vers) + "ops", (le regard), et qui traduit anthropos comme “celui qui regarde le ciel” ; ou encore, pour Platon (dans le Cratyle), le mot "Anthropos" est présenté comme issu de la faculté de voir propre à l'homme : Socrate ainsi explique à Hermogène que l'homme, anthropos, est la contraction d'une phrase de trois mots "αναθρων α οπωπε", c'est à dire "celui qui médite ce qu'il voit".


PROJET ?

“Désidération” est un révélateur ; le projet d’implant météoritique est un geste d’abolition de toute frontière, de toute tentative de définition, permettant de nous libérer de toute domination que ces catégories imposent. Une poésie cosmique unifiée par des fragments imparfaits de météorites, abolissant la distinction entre parfait et imparfait. 

Le geste désidéré est un geste artistique par essence. Il réintroduit l’humain au coeur de la science et de l’univers. Il donne un point d’aboutissement à nos études scientifiques en révélant le point d’effondrement de l’évolution de la pensée occidentale et des catégories qu’elle a construites et révisées depuis des siècles. Il nous réconcilie avec la nature en l’absorbant en un tout, au lieu de la contempler disséquée.

Et la beauté du monde, loin de résider dans une construction nettement délimitée, allait consister précisément à n’avoir pas de limites: l’homme développait une esthétique de l’infini.

Désidération appelle une esthétique de l’infini, une esthétique du fini, une esthétique in-finie et im-parfaite.

L’Ame de l’homme fut fait pour parcourir les cieux
Délicieuse délivrance de sa prison d’ici bas!
Là-haut, débarrassée de ces chaines - le lien
Des vanités terrestres, - elle peut errer au large
Là, respirer en liberté, se dilater, s’étendre,
Dans leurs pleines proportions donne champ à tous ses pouvoirs.
Et ce n’est pas étrangère qu’elle y marche,
Mais, merveille elle-même, elle s’égare parmi des merveilles

(Young)


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Partenaires et soutiens

FRANCE :
Galerie les Filles du Calvaire, Paris
Comité Professionnel des Galeries d'Art
MACVal, Musée d’Art Contemporain, Vitry
IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie), Toulouse

USA :
Fondation FACE - Programme Etant Donnés / Services culturels de l’Ambassade de France aux USA
Fondation FLAX, Los Angeles