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désidération - URS, cellule d’endocosmologie :
étude des phénomènes de la désidération. 

ï Devenir ce que nous sommes : des poussières d’étoiles.

ï Histoire de ces étoiles perdues en nous et dont nous avons la nostalgie.

Il me semble que le point de départ est clairement phénoménologique. Dans ce que cela implique de phénoménalité plutôt qu’idéalité.

Il me semble que le cœur est une vision philosophique. Autant une Weltanschauung qu’une véritable phénoménologie :

ï Phénoménologie Merleau Ponty : faire « chair » avec les étoiles, se faire chair des étoiles (sternsleib), tisser avec les étoiles un lien d’interdépendance, un intercosmos si je puis dire, c’est alors se tourner aussi vers Haraway, vers Latour, vers Stengers. Les étoiles et la Terre même combat (tandis qu’on a tendance à les opposer avec d’un côté les libertariens déterritorialisés, capitalistes, à la Musk rêvant d’un exil spatial, préparant une fuite pour une élite humaine, et de l’autre les zadistes attachés à la terre, au territoire, pour un égalitarisme sans limite). C’est défaire (je n’ose dire déconstruire) ces deux figures qu’appelle à mon sens la désidération. Ainsi l’ « acosmisme » dont parlent ces penseurs (et d’autres, et tous, dans des variations, car l’on pourrait adjoindre toute la critique du nihilisme foncier et peut-être terminal dans lequel est l’occident) peut se prolonger vers les étoiles. 

ï Phénoménologie Bachelard : une poétique de l’étoile, 5e tome après le feu, l’eau, la terre, l’air. Echo poétique à développer aussi dans un regard sur l’espace et sur la structuration de l’espace par le langage, dans la poésie et la littérature, mais aussi dans l’inconscient.

ï Phénoménologie Levinas : se faire un visage des étoiles, comment les étoiles peuvent faire visage, nous renvoyant aussi à une responsabilité première, antérieure, terrestre, éthique, infinie. L’étoile serait aussi ce qui désigne un au-delà de la signification, un sans nom, une source infinie d’altérité inassimilable. Un autre regard pour les étoiles, un autre égard pour les étoiles. 

ces questionnements paraissent trop démesurés pour être pensés par une, ou deux personnes. C’est pour ça qu’un programme de recherche, d’études, croisant des regards d’artistes, de scientifiques, de philosophes, de non-experts, est la direction empruntée par ce projet.  Le « spatial » fascine, et a un grand écho, mais pour le meilleur et pour le pire. Il y a un grand risque d’égarement de la désidération vers tout le romantisme qu’appelle la thématique, et toutes les digressions. Il y aurait à regarder plus précisément plutôt que sur la définition de ce qu’est la désidération (comme dans le fragmentaire) sur ce qu’elle n’est pas

Un spectre hante la désidération, et ce spectre est le spectre du romantisme. Or il faudra lui faire un sort, quitte à le réinventer (comme le surréalisme l’a fait, le fondant dans sa Ur-Mythologie). Car ce qui nous attire verse parfois dans le new-age, la superstition. Ainsi, citons Stanislas Lem : 

« L’homme est parti à la découverte d’autres mondes, d’autres civilisations, sans avoir entièrement exploré ses propres abîmes, son labyrinthe de couloirs obscurs et de chambres secrètes, sans avoir percé le mystère des portes qu’il a lui-même condamnées. » (Solaris)

Les années 70 ont vu aussi un discours mystique éclore, et il faut faire attention aux dérives, même si l’on a envie de suivre Timothy Leary ici :

« On n’a pas encore compris toute la signification des vols extra-terrestres. Les missions Apollo, par exemple, ne sont pas que des exploits techniques et nationalistes. Ces vols sont, le début d’une mutation, dont l’importance est égale des premiers mutants amphibies […]. On peut observer les débuts de ce processus d’adaptation exo-psychologique chez les astronautes qui, de retour de la Lune, ou après avoir effectué des sorties dans l’espace, ont affirmé avoir eu des illuminations cosmiques (Mitchell), des révélations philosophiques (Schweikart) et des symptômes de renaissance (Aldrin). »

Tim Leary, La Révolution cosmique. Exo-psychologie. Le système nerveux humain : mode d’emploi (conforme aux instructions de ses créateurs). Paris : Presses de la Renaissance. 1979. p.27-28

Voici au moins quelques points problématiques qui sont du ressort du long romantisme allemand et anglais (les contre-Lumières comme on les appelle aussi)

ï Attirance vers la Nature, la Nuit, la Lune, les Etoiles,  idéalisées, féminisées, absolutisées. Le pathos, le symbolisme, la fusion du romantique avec le monde, son veut de rejoindre le Tout, la Mer, la Nuit, la Lune, le Cosmos étoiles. 

ï Le romantisme contre la science et la logique : le démon de l’analogie. Le culte des rapprochements formels (tiens les noix ressemblent à un cerveau c’est que c’est bon pour le cerveau) critiqués à la fois par la science et la philosophie (disons la philosophie se considérant toujours adversaire des sophistes) (c’est pour ça que je suis réservé malgré tout sur les analogies neurones / univers, bronchioles / Pierres, etc. comme s’il y avait un « sens caché » dans la nature, dans les formes, ce qui chez les romantiques remontent à Dieu (aujourd’hui : le Grand Architecte) et fait appel à l’imagination dans sa version archaïque, puissante, et dont les religions et superstitions se sont fortement nourries ; il me semble qu’il faut biaiser au moins dans le discours : dire que ces bronchioles sont des yeux stellés qui nous regardent comme des pierres, qu’ils sont un virus en cloque de l’avenir attendant de se développer, ça oui, de même que pour les hasards objectifs, et rapprochements de formes permettant de voir quelque chose de nouveau, inédit, improbable, mais attention au démon de l’analogie pure et simple).

ï Position antikantienne : il n’y a que de l’inconnaissable, tout appelle un au-delà, un ordre secret, mystérieux, cabbalistique accessible via des révélations, épiphanie pour les happy few.

ï Question de la quête de l’Origine versus la rature de l’origine derridienne et la différance.

Faire la désidération de notre temps c’est ne pas verser dans cette tentation de l’obscur, d’un grand récit creux que des individus serait d’ailleurs incapables d’incarner (le club raté de Yevgeni et Vlad ne disait pas autre chose). Et pourtant proposer du récit, proposer de faire récit à partir de cette déconstruction (tant pis, le mot est dit), de cette fragmentation, de cette incomplétude essentielle : 

Micro-fiction fait de fragment

Radio-fiction fait de paroles et de sons

Mondo-fiction fait de notre pensée


Mais tout autant les chimères techno-scientifiques des sociétés du contrôle. Rêve aussi totalitaire de maîtriser l’information, le chaos, de prédire l’ensemble des comportements sur des bases algorithmiques, génétiques. Rêve aussi d’un solutionnisme environnemental ou vital (un coup de mou ? des benzos ! une désidération ? un implant !).

Le risque scientifique – on l’a noté aussi – est d’être tenté de faire : l’histoire de notre relation aux étoiles. Il faut être marxistes des étoiles : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde ; il faut désormais le transformer ». Ce que cherche le projet désidération c’est réinventer notre rapport aux étoiles. En faire la recension dans les cultures, les pays, les corps de métier, etc. ne mènerait pas loin ; nous devons affirmer une vision transformative : dans les éléments cités plus hauts, dans simplement les liens que l’on tisse entre les penseuses et penseurs, entre les futurs esprits, il y a quelque chose d’ampleur, une résistance à un certain dualisme, à un air du temps aussi porté au catastrophisme (la Terre meurt) et à l’aveuglement.

La désidération serait donc le nom d’un processus, d’un flux, d’un ensemble alors non réductible à une définition fixe.

1/ L’épidémie d’In Somnis

Révision de l’épidémie 

Une épidémie de cosmeil (?) – sommeil cosmique – lié à une altération des structures profondes du cerveau (glande pinéale, hippocampes,…).

Que modifier dans In Somnis pour affirmer cette proximité ? Une documentation de l’épidémie ? 

1) Un prologue (à développer) / des portraits fixes ou hypnotiques (dans les rushs ?)

« Nous avons été surpris de voir que ces données longtemps inexpliquées acquéraient au regard des avancées neuropsychologiques de la desidération la cohérence d’un phénomène tout à fait réel. L’accumulation de faits ne font pas bien sûr une démonstration, nous en sommes conscients, et il faudra arriver à une modélisation de l’épidémie capable de rendre compte des différentes occurrences de la maladie pour confirmer notre hypothèse. Nous aurons alors un modèle qui pourra ensuite être éprouvé face à l’expérience.

Rappelons-nous déjà quelques faits qui peuvent être rapportés à cette épidémie :

ï Plutarque : rapporte une épidémie de sommeil à Éphèse suite à une éclipse.

ï Un poème lacunaire attribué à Li-Bai et traduit par Hervey de Saint Denis : rêve qu’il absorbe des étoiles

ï Malaisie : épisode de 1723 tout ma communauté villageoise de Tidur Bintang frappée de somnambulisme lors d’une périgée-syzygie (« super lune »). 

ï Islande : pluie de météorites décrite sur Hornstrandir et apparitions d’encéphalites léthargiques en 1825.

ï Les marcheurs nocturnes – automatisme ambulatoire - de Moldavie. Cf Nouvelle Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière 1897.

ï La vague de rêves de 1925 rapportée par Aragon.

ï Les « abductions » E.T. : cas de refoulement de la désidération ?

ï 2010 Kalachi (Kazakhstan) : monoxyde de carbone / mine d’uranium désaffectée

ï etc. »

2) Rajouter des commentaires, retraçant l’histoire de l’agent 0 reconstitué à partir des données cliniques, des autopsies et redécomposer dans « In Somnis » des courtes séquences des « phases » dans un style plus clinique et didactique pour constituer un tableau clinique : léthargie, stargazing, somnambulisme, trépidation, seizure ; symptalmologie

3) Rajouter des descriptions des états des In Somniaques ? 

4) Des moulages ? Cristallisations ? 

2/ L’implantation

Un « remède à la mélancolie » ? Retrouver l’harmonie universelle avec le cosmos ? La mélancolie est l’irrémédiable, l’irréparable, et l’ailleurs s’emporte toujours plus loin. Comme pour « Spectrographies » avec la question indécidable « et vous, croyez-vous aux fantômes », j’ai tendance à dire que cette quête sur les traces de l’absence, ne peut que redoubler l’absence. Que le remède attendu, la fusion cosmique tant attendue, promise, se révèle insidieusement comme un approfondissement du désir et non sa dissolution

¬ L’injection de la substance cosmique renforce au final l’addiction aux étoiles : aux météorites, à l’uranium, etc. « Cosmic junkies ». Really. Cette addiction modifie le cerveau comme l’acide lysergique : hypnogénie où des connexions inédites, synesthésies se créent :

o Images

o Visions

o Sons

¬ La substance mute avec les patients. Devient virus entraînant une mutation adaptative des désidérés. Certains systèmes immunitaires résistent et d’autres non.

o Maladie des étoiles (cf Yevgeni) : disparition cosmique.

o Témoignages hallucinations / capa d’ESP

o Transmission du virus ? Ondes ? Ostracisme des junkies ? 

¬ Cette évolution lance (synergie traumienne) une réflexion philosophique (a-cosmie, cosmomorphisme ; cybergologie vs transhumanisme ; Ousters, etc.)

3/ Le voyage autour des cratères

Relier ces cratères pour constituer comme une constellation à l’envers, une constellation fixe, une constellation d’absence d’étoile (anétoilé). 

La voix du météore : le ghost de l’explosion, de l’aveuglement.

Cratères / Caractères

Quel rôle des cratères entre eux : une connexion imaginaire comme toute élaboration de constellation. Pourquoi y aller alors ? encore une fois pour une raison phénoménologique, pour les désidérés il est faut éprouver le cosmos. Et l’astroblème fait écho à l’absence en lui.

L’idée du dispositif doit être réplicable sans se répéter, en ayant l’intérêt d’être décliné.

Réserves : 

ï Comment ne pas faire un pèlerinage ? 

ï Comment réinventer la désidération à chaque cratère ?

ï Comment réinventer à chaque fois une dé-mythologie désidérée tout en gardant cet aspect local ? Ne pas rabattre la « désidération » sur les éléments locaux (mythe de l’intégration), ne pas rabattre le local sur la désidération.

ï Ethnocrap : une autre façon de visiter et de voir comment la nature s’est adaptée autour, les communautés aussi ? (Rochechouart ignorait son cratère jusqu’en 1967). 

ï Voir les constellations depuis chaque cratère ? > mystico-romantisme

ï Une vie spécifique venue des étoiles et ayant muté en désidérés ? Panspermie pour les nuls.

Creux de chaque cratère comme une immense parabole cosmique ? essai infructueux parce que la résonance est en nous ? 

Ce qui dans chaque cratère nous appelle comme dans le visage d’une personne toujours différente, mais étant toujours d’ailleurs. Toujours une autre personne, mais toujours nous parlant de l’Autre, de l’inconnu, de l’au-delà, de l’infini, et ici des étoiles. Galerie de cratères comme galerie de visages.

Des cratères, des visages. 

De l’humanité et des étoiles : désastrés.

Ce qui manque et que l’on cherche de cratère en cratère. 

Ce qui nous traverse, les ondes, les neutrinos, la mélancolie.